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Levantine Lives

Analyse

D’un métier à un nom : les Torcimanis de Bethléem, 1721-1735

Par L'équipe Levantine Lives ·

En 1686, à Saint-Sauveur de Jérusalem, un curé enterre un enfant de sept ans. Il nomme le père par sa seule fonction.

Animam Creatori dedit Joannes filius Mansur Interpretis, sepultusq. fuit in S. M. Sion

Joannes, fils de Mansur l’interprète, a rendu son âme au Créateur ; il a été enseveli à Sainte-Marie de Sion.

SS-DEC-1686-i065-15

Ce Mansur est le drogman de la communauté franciscaine : un rang, pas un patronyme. Huit semaines plus tôt, un nourrisson du même couvent avait été enterré, mais le mot qui désignait son père est, dans le corpus servi à ce jour, réduit à des points de suspension par la transcription. L’endommagement d’une page ne se comble jamais d’une lettre devinée : c’est justement pour cela que le site compare des actes entre eux plutôt que de trancher un mot seul.

Le mot devient un nom

Cinquante-cinq ans plus tard, le 12 août 1741, la même paroisse, désormais à Bethléem, baptise une petite fille.

natam ex Antonio Mansuri et Marta filia Aaisę Coniugibus ex Torcimanis huius Ecclię

née […] d’Antoine Mansuri et de Marthe fille d’Aaisa, conjoints d’entre les Torcimanis de cette église

BSC-BAP-1741-i190-08

« Conjoints d’entre les Torcimanis » : ce n’est plus une fonction qu’un seul homme exerce, c’est une maison dont on porte le nom, par le mariage comme par la naissance. Entre 1679 et 1721, trente-deux actes désignent Mansur fils de Simon par sa charge : trente-deux fois sur trente-deux, le mot est un rang, notre interprète, grand interprète, premier drogman. Pas une seule fois un nom de maison. Sur les mentions d’un Mansur de 1735 et après, quatre sur quatre portent la forme de maison. Quelque part dans ces quatorze années silencieuses, la fonction est devenue un nom, pour cette maison-là.

Un même mot, « Interpretis », franchit ce seuil sans changer une lettre. Ce qui change, c’est à qui il peut s’appliquer : la charge de drogman du couvent n’est jamais écrite au féminin dans le corpus, et pourtant des femmes sont dites « des Torcimanis » dès 1695, ailleurs dans le fonds. Le corpus n’a pas besoin d’argumenter la différence. Il garde les deux formes, datées, et les laisse parler.

Sources citées

  • SS-DEC-1686-i065-15
  • BSC-BAP-1741-i190-08

Ottoman Holy Land Christian Communities Project, « D’un métier à un nom : les Torcimanis de Bethléem, 1721-1735 », consulté le 25 août 2026, https://levantinelives.org/fr/carnets/torcimanis-de-bethleem-1721-1735/. Version citée : snapshot du 25 août 2026, hash 53700c3bb95a+08a5a1.

Citer cette fiche.

Référence (style Chicago).

Ottoman Holy Land Christian Communities Project, « D’un métier à un nom : les Torcimanis de Bethléem, 1721-1735 », consulté le 25 août 2026, https://levantinelives.org/fr/carnets/torcimanis-de-bethleem-1721-1735/. Version citée : snapshot du 25 août 2026, hash 53700c3bb95a+08a5a1.

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Lives connected. Sources revealed.