Levantine Lives
Méthode
Registres de paroisse, actes du cadi, chroniques, recensements fiscaux, comptes de couvent : cinq façons de nommer une personne, et voici comment on les relie.
Les sources
Cinq familles de sources, aucun identifiant commun.
Des centaines de milliers de pages, souvent mal numérisées, pour la plupart jamais traduites. Chaque famille de sources nomme les personnes à sa manière.

Un acte de mariage latin, 9 juillet 1662.
Bethléem, Sainte-Catherine, fol. 76 (film 8189366, image 165)
Registres paroissiaux latins
1555-1799 · 11 fonds
Baptêmes, mariages, sépultures, états des âmes. Une personne y paraît sous un prénom latinisé, avec une filiation courte et un âge déclaré.

Un registre de tribunal ouvert, en arabe.
Le tribunal de la charia
1542-1703 · 27 fonds
Partages, ventes, dettes, procurations. Une personne y paraît par son nasab sur trois maillons (son nom, celui de son père, celui de son grand-père), son quartier, ses témoins.

Une page imprimée : la déposition des drogmans de Bethléem, 11 septembre 1656.
Morone da Maleo, Terra Santa nuovamente illustrata, 1669, IIe partie, p. 420
Les chroniques
1500-1799 · 27 fonds
Récits de la Custodie, dépositions sous serment, polémiques imprimées. Une personne y paraît dans une affaire, parfois par sa propre déposition.

Un relevé fiscal ottoman, village par village.
Defter TD 516, 970 H (1562-1563), édition
Les registres de taḥrīr
4 fonds
Les foyers chrétiens imposables du liwāʾ de Jérusalem, village par village. Une personne y paraît dans son foyer, rattachée à un village et à l’impôt.

Une liste de versements, bénéficiaire par bénéficiaire, en arabe.
Gotha, Ms. Orient. A 1536, fol. 3r
Les comptes du couvent
en transcription
Salaires, achats, hébergement des pèlerins. Une personne y paraît par un métier, un paiement, un employeur.
D’où viennent les images
Registres paroissiaux latins
Un acte de mariage latin, 9 juillet 1662.
Bethléem, Sainte-Catherine, fol. 76 (film 8189366, image 165)
Le tribunal de la charia
Un registre de tribunal ouvert, en arabe.
Les chroniques
Une page imprimée : la déposition des drogmans de Bethléem, 11 septembre 1656.
Morone da Maleo, Terra Santa nuovamente illustrata, 1669, IIe partie, p. 420
Les registres de taḥrīr
Un relevé fiscal ottoman, village par village.
Defter TD 516, 970 H (1562-1563), édition
Les comptes du couvent
Une liste de versements, bénéficiaire par bénéficiaire, en arabe.
Gotha, Ms. Orient. A 1536, fol. 3r
Les langues
Plus de sept actes publiés sur dix sont en arabe, en latin ou en italien.
Sur 116 913 actes.
Un acte bilingue se range dans « Autres ». La langue est celle de ce qui est lu : les defters, rédigés en ottoman, se lisent dans une édition arabe.
Les sources
Ce que la recherche fait d’un nom.
La recherche par nom part de ce que vous tapez et va chercher deux choses : les graphies qui commencent par votre saisie, et les formes qu’une table de correspondances relie à ce nom, forme par forme, chacune validée à la main.
Elle ne rapproche jamais deux noms par ressemblance sonore et n’invente aucune équivalence. Certaines paires proches à l’œil sont au contraire tenues séparées par décision : Anna est un prénom féminin, Hanna est la forme arabe de Jean. Chercher l’un ne rendra jamais l’autre.
La bascule « Exact » de l’écran de recherche revient à la seule graphie saisie.
Ce que cela impose
- Lire l’acte entier : date, parents, parrains, lieu.
- Ne réunir deux noms en une personne que sur une preuve.
- Noter, pour chaque lien, son degré de certitude.
Le travail
Quatre opérations, dans cet ordre.
01Transcrire
Une image, une lecture, sans hypothèse sur le contenu de l’acte. Le texte est gardé tel qu’il est écrit : orthographe d’origine, abréviations non développées, passages illisibles entre crochets. Un doute écrit par le religieux reste tel quel.02Traduire
Chaque acte reçoit sa traduction, à côté du texte d’origine. Les noms restent écrits comme dans l’acte.03Décomposer
Chaque acte est découpé en ce qu’il énonce : les personnes, avec leur rôle, leur filiation, leur âge, leur métier, leur communauté ; les lieux, les dates, les sommes et les biens ; ce que le scribe ajoute à la formule. Chaque élément garde sa provenance.04Relier
Les noms relevés dans les actes se regroupent en personnes, puis en familles. D’abord la filiation écrite dans l’acte, puis le cercle social attesté, puis la chronologie. Un prénom rare ne suffit pas.
Le système
De l’image à la fiche.
L’image

La ligne lue (agrandie)

La fiche
Catharina, fille de Franciscus
Décès · 1er septembre 1653 · 23 ans
Cause de mort : peste
Liber Defunctorum de Sainte-Catherine, folio 88. Film 8189367, image 333.
01
Lecture automatique
Un modèle lit les images et structure les champs, sans hypothèse sur le contenu de l’acte. Chaque transcription dit ce qu’elle est : vérifiée par une personne, automatique, ou d’origine non renseignée. Le texte d’origine reste affiché à côté.
02
Revue au cas par cas
Un traitement automatique rassemble les noms qui peuvent désigner une même personne et ouvre un dossier. Une personne l’examine pièce par pièce et écarte les autres candidats un à un. Chaque fusion est sa décision. Un champ qui paraît mal lu suspend le dossier : on rouvre le folio, et le champ est confirmé, corrigé ou déclaré illisible.
03
Contrôles avant validation
Chaque lot d’identités est audité avant d’être validé, par un tirage au sort documenté, dont la graine est notée et peut être rejouée. Une seule erreur renvoie tout le lot en revue.
Chaque conclusion enregistre les champs d’actes dont elle dépend. Qu’un de ces champs soit corrigé, une date relue ou une source requalifiée, la conclusion se rouvre avec les liens qui s’appuyaient sur elle, sur plusieurs générations s’il le faut. Chaque révision est datée dans le Journal des corrections.
Les instruments et les garde-fous
Quatre instruments assistent ce travail. Chacun propose, une personne décide.
Hanna · agent de transcription
Construit la base depuis les textes anciens : transcription, indexation et structuration des actes.
Elias · agent de réconciliation des identités
Rapproche les identités : identifie les mentions qui pourraient désigner une même personne.
Catharina · agent du référentiel des événements
Documente les grands événements : ce qui est arrivé, où, quand, et à qui.
Barbara · agent des données économiques
Documente les données économiques : prix, biens, chaînes de propriété.
Garde-fous communs aux quatre instruments
Trois règles s’appliquent aux quatre instruments sans exception : une doctrine écrite et versionnée, où chaque règle porte un numéro et une date de décision humaine ; un audit par tirage aléatoire, dont le principe est publié, avant toute publication ; une réouverture automatique de toute conclusion dès qu’une source dont elle dépend est corrigée. Chaque conclusion publiée porte un chemin de preuve qui remonte jusqu’au folio qui l’établit.
La preuve
Ce qu’une affirmation porte avec elle.
Chaque fait renvoie au folio qui l’établit, avec son degré de certitude.
Trois niveaux : l’acte, la mention, la personne
- L’acte. Un document unitaire : un baptême, un mariage, un décès, un état des âmes, un acte de justice. Il porte sa langue, sa date, son lieu, son texte et sa cote, jusqu’à la page : film et image pour un registre microfilmé, cote et folio pour un corpus édité.
- La mention. Une occurrence de personne dans un acte : un nom écrit par un scribe, avec le rôle qu’il jouait ce jour-là.
- La personne. Une reconstitution : plusieurs mentions rapprochées après examen des sources, seul niveau qui résulte d’un raisonnement. Chaque lien de parenté publié porte sa justification : l’acte qui l’établit.
Une famille reconstituée porte son empreinte : un code calculé sur les données de sa décision d’ouverture. Qu’une de ces données change, l’empreinte change avec elle et la décision se réexamine.
Deux échelles de statut
La première dit la certitude d’une identité ou d’un lien, affichée relation par relation.
- Démontré. Pour un lien, la source l’écrit. Pour une identité, qu’aucun acte n’écrit en ces termes, trois critères réunis : chaque autre candidat écarté, une chronologie qui oblige l’identification, une parenté énoncée par l’acte.
- Probable. Un faisceau d’indices le soutient sans l’écrire. Pour une identité, la même démonstration, avec un maillon posé sur une date estimée, une source moins sûre ou le cercle social.
- Plausible. Une hypothèse ouverte. Une identité plausible ne se publie pas.
La seconde dit comment une personne se rattache à un événement. Les premiers événements instruits sont publiés.
- Impact documenté. La source écrit ce que cette personne a subi.
- Acteur du fait. La source la nomme parmi ceux qui mènent le fait.
- Exposition probable. La personne est attestée là où l’événement est démontré, aux dates qu’il couvre ; la source ne dit pas ce qu’elle a vécu.
- Contexte contemporain. La personne vit pendant l’événement, hors de la zone démontrée ou sans attestation de présence.
Les deux échelles s’affichent ensemble et se lisent séparément : une identité probable peut porter un impact documenté, une identité démontrée un simple contexte contemporain.
Toutes les sources ne prouvent pas pareil
Un registre tenu sur place au moment des faits, l’édition savante de ce registre, la chronique d’un contemporain et une étude publiée aujourd’hui ne se lisent pas de la même façon. Chaque fonds affiche sa nature.
Deux fonds qui portent le même registre restent une seule preuve : une copie, un index tardif, une reprise ou une seconde série parallèle du même registre ne comptent jamais pour un second témoin. Un acte tiré d’un regeste ne porte pas de verbatim et ne fonde jamais seul un rapprochement.
Certaines unités publiées ne sont pas des actes de registre mais des passages d’ouvrage, découpés un par un et signalés comme tels.
Ce que le site publie
Le périmètre s’écrit série par série : la sélection court jusqu’en 1703 pour le tribunal. Les sijills et les defters nomment aussi des chrétiens d’autres Églises, le plus souvent sans leur rite. Les fonds patriarcaux grec et arménien restent en dehors. Hors de ces bornes, un blanc renseigne sur la sélection.
Le périmètre publié est celui du sous-titre : les actes datés à l’intérieur de la période annoncée. Les actes du corpus qui en sortent restent dans la base de travail et sont comptés sur la page Couverture, mais ne sont pas servis.
Une règle indépendante interdit de publier une donnée nommant une personne susceptible d’être vivante. Elle porte sur le résultat du filtre de publication, pas seulement sur la table des personnes.
Ce qu’il reste à faire
Six chantiers.
Le contrôle de la qualité conditionne les autres.
01Compléter la base
69 fonds sont déjà traités. La transcription du reste se poursuit : registres du tribunal, defters, comptes du couvent, ouvrages.02Compléter les liaisons
Rattacher à une personne chacun des 607 550 noms relevés dans les actes, série par série, avec ses lieux, ses événements et ses données économiques. Au 5 octobre 2026, 46 % des actes des registres paroissiaux sont déjà rattachés à une fiche.03Contrôler la qualité
Relire, vérifier, tester. Les identités sont déjà auditées lot par lot. Prochaine étape : mesurer l’erreur de transcription sur les noms et les dates, par une relecture extérieure de lots tirés au sort.04Travailler l’analyse
Passer des croisements aux résultats, sur les questions ci-dessous.05Étendre
Dépouiller de nouveaux fonds, et prolonger le corpus au-delà de 1799, jusqu’à la fin de la période ottomane.06Déposer les données
Un dépôt archivistique pérenne est en préparation.
Les questions ouvertes
Les questions auxquelles l’atlas veut répondre.
Les grandes questions sur ces communautés, pour lesquelles les actes apportent des matériaux nouveaux.
Démographie
Combien de chrétiens vivaient en Terre Sainte, et comment leur nombre évolue-t-il du XVIe au XVIIIe siècle, au fil des crises ?Confessions
Comment les frontières entre Églises se dessinent-elles au quotidien : latins, grecs orthodoxes, grecs-catholiques, maronites, arméniens, syriaques, coptes, éthiopiens ?Droit et société ottomane
Pourquoi et comment les chrétiens vont-ils devant le cadi ? Quelle place tiennent-ils, au fil des années, dans l’ordre fiscal et juridique ottoman ?Économie et métiers
De quoi vivaient ces familles ? Métiers, salaires, prix, biens, et la part du service de la Custodie dans ces revenus.Missions et puissances
Que change pour les familles la présence de la Custodie franciscaine et des puissances européennes : emploi, protection, conversion ?La Custodie et ses paroisses
Comment les frères façonnent-ils la vie de paroisse, des sacrements aux réconciliations et aux campagnes contre les coutumes locales ?Familles et solidarités
Comment se font les alliances, les parrainages et les migrations, et que disent-ils des solidarités locales ?
Une de ces questions croise la vôtre ? Écrivez-nous.