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Levantine Lives

Analyse

Le levain sur le chapiteau de la porte : une coutume et un curé, Bethléem 1776-1781

Par L'équipe Levantine Lives ·

À Bethléem, un rite accompagnait certains mariages : on posait du levain sur le chapiteau de la porte de la maison des mariés, l’épouse le frappait d’un coup, et le mari lui frappait la main pour, disait-on, qu’elle porte des enfants. Le 17 décembre 1776, le curé Fr. Antonio Maria da Vicenza inscrit dans son registre les fiançailles de Kalil, fils de Damian abu Danein, et de Maria, fille d’Aaisa. Le mariage attend près de cinq ans. C’est un autre curé, Fr. Bernardino da Carelli, qui publie les bans en septembre 1781, célèbre le mariage le 23 du même mois sur la même page du registre, et qui, avant la cérémonie, obtient des mariés la promesse de s’abstenir du levain. Le jour venu, il se poste lui-même à l’entrée de la maison, pour voir de ses propres yeux :

Prima che si sposassero promisero di non mettere lievito sul Capitello della porta, e farlo battere dalla Sposa acciò si secondi la [orilba ?] con un colpo, che li dà il Marito. ciò non ostante andai in persona per trovarmi all'ingresso della Casa, e si trovarono senza tale superstiziosa cerimonia. partito, che fui si sollevarono contro li Parochi e fatta uscire la donna Sposa misero il lievito lo battè e lo Sposo battè la mano della Sposa acciò porti figliuoli.

Avant de se marier, ils promirent de ne pas mettre de levain sur le chapiteau de la porte, ni de le faire frapper par l’épouse afin que soit favorisée la [mot indéchiffré] par un coup que lui donne le mari. Cela n’empêcha pas que je me rendisse moi-même en personne à l’entrée de la maison, et on les trouva sans une telle cérémonie superstitieuse. Une fois parti, ils se soulevèrent contre les curés et, ayant fait sortir l’épouse, ils mirent le levain, elle le frappa, et l’époux frappa la main de l’épouse pour qu’elle porte des enfants.

BSC-SPO-1776-i400-02

Le seuil était nu tant que le curé s’y trouvait ; il ne l’était plus une fois qu’il eut le dos tourné. C’est dans la même note qu’il laisse éclater sa colère contre ses propres paroissiens, dans une phrase qui est la sienne, pas celle du site :

Ecco la fede de' Birbanti Bettlemitani senza ragione, senza coscienza, e mezzi Cristiani, ladri, Ingannatori, finti, crudeli, inimici della Croce.

Voilà la foi des coquins bethléémites, sans raison, sans conscience, et demi-chrétiens, voleurs, trompeurs, hypocrites, cruels, ennemis de la Croix.

BSC-SPO-1776-i400-02

Plus loin dans le même registre, le même curé affronte la même coutume à d’autres noces : celles du neveu de Hanna Elkasis, Hanna Ebn Juseph Elkasis, avec la fille de Simone Elkasis, dont le prénom n’est pas lu avec certitude. Cette fois, l’interdiction est prononcée sous précepte dès l’acte de fiançailles, trois semaines avant la cérémonie :

Li fu proibito sotto precetto il lievito sopra la porta della Casa, il beletto ed il nacus con tutte le altre usanze superstiziose, ed inutili.

Il leur fut interdit, sous précepte, le levain au-dessus de la porte de la maison, le fard et le nāqūs, avec tous les autres usages superstitieux et inutiles.

BSC-SPO-1781-i442-02

L’affaire tourne à l’esclandre. Le curé note, dans une « Nota » ajoutée à la suite de l’acte, des jets de pierres, avant de finir par marier le couple :

Gettarono pietre alla [finestra ?] e molte altre indecenze; poi […] cortesi, e domandato scusa almeno in apparenza gli sposai.

Ils jetèrent des pierres contre [la fenêtre ?] et [commirent] bien d’autres inconvenances ; puis (...) [redevenus] courtois, et ayant demandé pardon, au moins en apparence, je les mariai.

BSC-SPO-1781-i442-02

Un acte voisin, huit jours plus tard, montre qu’un précepte du curé pouvait se heurter à une réponse plus radicale que le jet de pierres. Zaide, fille d’Abrahim des Bergers, épouse Antun après avoir fait profession de foi catholique. Deux mois plus tard, le même curé écrit qu’elle s’en est retournée, à l’instigation de sa belle-sœur et d’un prêtre, avec peine, disait-elle, à se tenir aux prières des Francs et à genoux. Il consigne ses mots :

disse voler morir greca.

elle dit vouloir mourir grecque.

BSC-SPO-1781-i443-01

À Bethléem, l’affaire n’est donc pas celle d’une communauté qui refuserait par principe l’autorité de son curé : c’est un usage tenu par ceux qui le pratiquent, et un rapport de force qui se rejoue d’un mariage à l’autre, entre une discipline importée et une coutume domestique du seuil.

Sources citées

  • BSC-SPO-1776-i400-02
  • BSC-SPO-1781-i442-02
  • BSC-SPO-1781-i443-01

Ottoman Holy Land Christian Communities Project, « Le levain sur le chapiteau de la porte : une coutume et un curé, Bethléem 1776-1781 », consulté le 30 août 2026, https://levantinelives.org/fr/carnets/levain-chapiteau-porte-bethleem/. Version citée : snapshot du 30 août 2026, hash 54536129c19f+de1b0b.

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Ottoman Holy Land Christian Communities Project, « Le levain sur le chapiteau de la porte : une coutume et un curé, Bethléem 1776-1781 », consulté le 30 août 2026, https://levantinelives.org/fr/carnets/levain-chapiteau-porte-bethleem/. Version citée : snapshot du 30 août 2026, hash 54536129c19f+de1b0b.

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